mardi 17 janvier 2017, par lacriee

Les mots et l’art
L’émancipation des mots hors de l’espace de la page qui s’opère au cours du XXe siècle, instaure des rapports nouveaux entre écriture et art. Cette conquête est largement une affaire de poètes : Stéphane Mallarmé et son fameux poème Un coup de dés jamais n’abolira le hasard publié en 1897 ouvre la poésie à une multiplicité de lectures et donne sens au blanc même de la page. Le poème ne se constitue pas seulement de mots mais aussi de silence et on sait l’importance qu’accordera plus tard au silence un musicien comme John Cage dans ses compositions sonores. Les constructivistes russes, les futuristes russes et italiens, les dadaïstes de toute l’Europe et les surréalistes se servent des mots dans les tableaux pour brouiller les codes jusqu’à la fameuse et célèbre proposition surréaliste de Magritte intitulée « Ceci n’est pas une pipe » ; ces derniers pratiquent aussi l’écriture automatique. Tous auront participé, si divers soient leurs objectifs, à cette libération de la page, notamment par l’insertion de fragments de journaux et par des jeux typographiques extrêmement novateurs – cela dans l’idée d’accomplir une définitive émancipation des mots hors du langage.

Le lettrisme
Isidore Isou crée le lettrisme en 1945. Le lettrisme renonce à l’usage des mots et s’attache au départ à la poétique des sons, des onomatopées, à la musique des lettres.

Voici la définition qu’en donne Isidore Isou Goldstein en 1947 dans Bilan lettriste : « Art qui accepte la matière des lettres réduites et devenues simplement elles-mêmes (s’ajoutant ou remplaçant totalement les éléments poétiques et musicaux) et qui les dépasse pour mouler dans leur bloc des œuvres cohérentes. ». Par la suite, le Lettrisme se définira comme un mouvement culturel fondé sur la novation dans toutes les disciplines du savoir et de la vie, au moyen notamment de La Créatique ou la Novatique, ouvrage rédigé par Isou entre 1941 et 1976.
Le Lettrisme est l’un des principaux mouvements d’avant-garde depuis le dadaïsme et le surréalisme. Plus tard, Isou proposera le terme d’Hyper-créatisme ou d’Hyper-novatisme pour mieux définir ce mouvement qui ne s’est pas réduit à la poésie à lettres mais à l’ensemble des branches de la culture et de la vie.

“Il faut tout écrire” L’exemple de Ben
“Je fais des peintures-écritures depuis 1958. Si j’ai peint des écritures c’était le sens qui comptait et non pas le graphisme. C’était pour dire la vérité, vérités objectives, vérités subjectives. Ceci étant, la vérité n’est pas facile à trouver.” Ben
L’art de Ben (ou Benjamin Vautier), artiste actif de Fluxus, consiste le plus souvent en des messages peints sur des toiles. Au tout début des années 60, Ben commence à couvrir les murs de sa boutique, puis ceux de Nice, de phrases, de slogans, d’aphorismes, avant de les inscrire sur des panneaux, des toiles ou des objets.
Ses premières écritures étaient donc des graffitis réalisés sur les murs dans la rue à Nice avec ses amis artistes dont Arman. C’est Yves Klein qui incite Ben à utiliser les mots dans la peinture pour dire quelque chose, “pour y mettre sa recherche de la vérité”. Son écriture à la calligraphie enfantine, cursive, toujours porteuse d’un message simple mais percutant, est devenue sa signature artistique. Les mots, la pensée, l’écriture et le slogan caractérisent son œuvre. Artiste engagé, il s’exprime ouvertement dans ses œuvres par des phrases, telles des citations, avec ironie et humour. En 1993, il réalise l’installation de l’œuvre monumentale Il faut se méfier des mots sur le mur d’un immeuble de la place Fréhel à Paris.
Il choisira également le support du mail art afin d’échanger, de faire circuler les idées par-delà même les frontières.

Sources:

Les théories du lettrisme

Mouvement lettriste et peinture

Benjamin Vautier

 

il_faut_se_mefier_des_mots

Il faut se méfier des mots, Ben, 1993