L’objet est présent dans la tradition picturale occidentale dès l’Antiquité. Au XVIe siècle la représentation de l’objet inanimé devient un genre à part entière, celui de la nature morte. L’objet des natures mortes apparait petit à petit comme suspendu dans le temps et agencé par la main de l’artiste. Cézanne (1839-1906) peint des natures mortes, son sujet de prédilection, car elles présentent un répertoire inépuisable de formes, de couleurs et de lumières. En 1912 dans l’œuvre Nature morte à la chaise cannée, Picasso assemble dans son tableau de la toile cirée et de la corde. Ces fragments d’objets réels envahissent alors la représentation.
Au travers de l’histoire de l’art, l’objet se prêtera successivement aux détournements et aux assemblages avec les Surréalistes, aux accumulations, compressions et différents pièges des Nouveaux Réalistes, aux mises en scène de la nouvelle sculpture objective contemporaine. C’est au moment où la société de consommation prend son essor, que l’objet devient un véritable matériau de l’art, notamment chez les artistes du Pop Art américain dans les années 60. Néanmoins, c’est à Marcel Duchamp que revient le geste radical de transformer – par la seule déclaration- l’objet quotidien manufacturé en œuvre d’art. Ce sont des urinoirs, des portes bouteilles, ils sont appelés « ready-made » et datent de 1913 pour les premiers. Depuis cette époque, l’objet sort du cadre de la peinture et envahit le monde réel se présentant en tant que tel sur la scène artistique.
Image de têt: Marcel Duchamp, ready made, Assemblage d’une roue de bicyclette sur un tabouret
métal, bois peint, 126,5 x 31,5 x 63,5 cm. (l’original, perdu, a été réalisé à Paris en 1913)