Archive de novembre 2017

Professionnelles de la vie quotidienne, Séance 4

lundi 27 novembre 2017

« Le retraité incarne dans l’imaginaire collectif un autre rapport au temps et à l’activité que le jeune (et d’autant plus que le jeune actif). Comment serait perçu un jeune souhaitant occuper son temps de façon similaire à un retraité ?
La dernière étape du projet consiste en un brouillage des temps : et si les étudiants, loin de se préparer à la vie active, sautaient cette étape pour prendre directement leur retraite à vingt ans ?
Réalisation de vidéos où chaque étudiant se met en scène, reprenant à son compte les paroles des retraités interviewés précédemment. L’objectif est de créer un carambolage temporel qui interroge directement la hiérarchie implicite du bon usage de son temps dans notre société. »

  • PROFESSIONNELLES DE LA VIE QUOTIDIENNE

Lors du dernier atelier, les étudiant.es mettent en Å“uvre leur projet, veillant aux détails de la mise en scène: le fond, les gestes et les accessoires… Le parti pris du format, seul face à la caméra de l’ordinateur, vise à uniformiser les rendus. La vidéo dure de quelques secondes à quelques minutes, les étudiants opérant un choix pertinent dans les paroles du retraité afin de mieux les incarner.

Ces ateliers développés sur 4 séances avec les 90 étudiant.es sont envisagés comme une recherche, qui donnera lieux à une création artistique.

Professionnelles de la vie quotidienne, Séance 3

lundi 27 novembre 2017

 

  • RENCONTRE DE TEMPS

Pour la 3ème séance, les étudiant.es sont invité.es à réaliser une interview audio avec une personne retraitée. Cet entretien est préparé en amont, par groupe de 10, à partir des problématiques soulevées lors du débat et la réalisation du nuancier de temps. Les différents travaux effectués jusqu’alors constituent la matière de leur réflexion. L’accent doit être mis sur la notion de passage des temps actifs aux temps de la retraite.

« À travers cet échange intergénérationnel, je souhaite propulser la question de la valeur de nos temps à une autre échelle. Les étudiants vont bientôt entrer dans la vie active, faire témoigner ceux qui en sont sortis permet une mise en perspective de l’interrogation sur ces temps quotidiens initiés par le NUANCIER DE TEMPS.

Le passage à la retraite est un moment complexe vécu de façons diverses, c’est à cette diversité de rapports au temps que je souhaite confronter les étudiants.

Ce moment est généralement synonyme de baisse de revenus, parfois de petits boulots et d’éreintement de ses dernières forces, souvent d’un détachement complet du lien travail / argent qui change le rapport à l’activité. La retraite vécue comme une mise en retrait où le temps devient un grand vide que rien ne semble pouvoir remplir. Mais aussi celle vécue comme une libération pour ceux qui y voit l’occasion de prendre enfin le temps de faire les tâches importantes que leurs emplois reléguaient aux trop courts week-ends… et généralement un patchwork mêlé de tous ces sentiments – libération, repos, vide, joie, retrait, éreintement – à la fois. »

 

Avant d’écouter leur proposition, l’artiste formule une question qui donne lieu à un « débat mouvant »:

« Si vous, étudiant.es, on vous propose demain de passer directement à la retraite? Êtes- vous pour ou contre? »

Les étudiant.es se scindent en deux groupes distincts: une minorité « pour » se place d’un côté de la salle et de l’autre, les étudiant.es « contre ». Chacun.es argumente selon sa position et s’interroge sur la notion de choix, de reconnaissance sociale, de contraintes et sur la définition même de travail.

 

POUR
CONTRE
 

« On peut faire quelque chose qu’on aime sans pression du revenu ou du salaire! »

 

 

 

 

 

 

 

« On peut être en retraite et avoir une activité à temps plein, on fait ce qu’on veut. J’ai le choix. »

 

« Pour notre génération, la notion de travail va disparaitre… »

« Que désigne le mot travail à l’origine? »

 

EN MOUVANCE..

 

« Pour ce débat il serait question de mieux définir les notions de travail, emploi, métier… »

 

« Comment expérimenter si un emploi nous plait? »

 

 

 

« Le travail est une reconnaissance sociale. »

 

 

 

 

 

« Dans la vie on a besoin de contraintes. On a besoin d’avoir des obstacles, pour être fier d’avoir surmonté. »

 

 

Après le débat, les étudiant.es par groupe de 10 écoutent tour à tour l’entretien réalisé avec le/la retraité.e. Puis, l’artiste annonce l’étape finale du processus de cette recherche : chaque étudiant.es est invité.e à écrire un projet de film qu’il ou elle réalisera lors du dernier atelier.

 

 

Professionnelles de la vie quotidienne, Séance 2

lundi 27 novembre 2017

 

 

Les différentes étapes ne sont dévoilées qu’au fur et à mesure des rencontres. Au début de la deuxième séance, Thomas dévoile la suite du protocole :

 

  • FICHES DE TEMPS

 

Les étudiant.es reportent individuellement le déroulé de leur semaine sur la « fiche de temps ». Ce tableau permet de l’organiser en différents types de temps, répartis selon une nomenclature et un code couleur défini par l’artiste: « temps de plaisirs / temps d’apprentissage / temps conviviaux / temps dépensiers / temps d’ennui / temps importants / temps oisifs / temps rémunérateurs / temps utiles (pour toi) / temps utiles (pour les autres). »

« Les nomenclatures ne sont volontairement pas explicitées afin de laisser à chacun le soin de leur interprétation. Un même moment peut être concerné par plusieurs types de temps  » précise Thomas.

 

  • NUANCIER DE TEMPS

Chacun.e détermine une catégorie selon son propre rapport au temps, ce qui donne lieu à des travaux très différents. Ces « fiches de temps » permettent de compléter le « nuancier de temps ». Il constitue une base de réflexion pour un débat collectif structuré par les « questions de nuances ».

 

  • QUESTIONS DE NUANCES

« Tous ces temps se valent-ils? Peux-tu établir une hiérarchie de ces temps? Quels temps sont les plus importants pour toi? Quels sont ceux qui te valorisent le plus à tes yeux? Aux yeux des autres? Quels sont les plus importants pour tes professeurs? Quels sont les plus importants pour la société contemporaine pendant ta vie étudiante? Quels seront les plus importants pour la société contemporaine quand tu seras entré.e dans la vie active? Quels seront les plus importants pour la société contemporaine quand tu seras retraité.e? »

 

Professionnelles de la vie quotidienne, Séance 1

lundi 27 novembre 2017

-TEMPS D’UNE SEMAINE

La première rencontre a débuté par une présentation du travail de l’artiste et des missions de La Criée. À l’issue de ce premier contact, un emploi du temps est donné aux 90 étudiant.es qui participent au projet. Ce « temps d’une semaine » est à remplir quotidiennement jusqu’à la séance suivante: Il s’agit d’annoter le détail de leur activité par tranches de demi-heure sur une période d’une semaine.

Thomas Tudoux

lundi 27 novembre 2017

Né en 1985 à Barbezieux (France)

Vit et travaille à Rennes

http://www.thomastudoux.fr/

http://ddab.org/fr/oeuvres/Tudoux

http://www.rgalerie.com/thomas-tudoux/

La recherche artistique de Thomas Tudoux prend de multiples formes (dessin, vidéo, texte, installation…) et explore essentiellement notre rapport à l’hyperactivité telle qu’elle se manifeste dans le monde de l’entreprise, le système éducatif, dans l’espace urbain, ou à travers des fictions.

Depuis sa sortie des Beaux-Arts de Rennes en 2009, son travail a été exposé notamment dans le cadre de Play Time, les Ateliers de Rennes-Biennale d’art contemporain en 2014, et d’expositions personnelles : Citius-altius-fortius à L’atelier de la gare à Locminé en 2013, Rythmes-Carnet de bord à la suite d’une résidence avec La Criée et le Centre Hospitalier Guillaume Régnier à Rennes en 2015 ou plus récemment lors de son exposition personnelle Temps plein à la galerie Mélanie Rio à Nantes en 2016.

Une première invitation à l’initiative de La Criée dans le cadre de la saison Battre la campagne, propose à l’artiste de développer un projet de création où il est question des rythmes de vie au Centre Hospitalier Guillaume Régnier, avec les personnes en soin du pôle G04 de Rennes et Fougères.

Du 3 octobre 2017 au 1er mars 2018, un nouveau projet est initié avec l’artiste dans le cadre de la plateforme Territoires en créations : Professionnelles de la vie quotidienne. Le projet est pensé par l’artiste avec la Criée comme un processus de recherche et de création autour des temps de vie et de la retraite avec les étudiants en BTS et Diplôme d’État Économie sociale familiale du lycée professionnel Jeanne d’Arc à Rennes.

« Dans notre société où le temps est présenté comme une matière première en train de s’épuiser, il semble exister une hiérarchisation du bon usage de son temps. Par le biais d’une grille d’évaluation tacitement partagée, un certain nombre de questions est appliqué aux activités de chacun : est-ce utile ? Est-ce source de création de valeur ? Est-ce du temps de gagné ou du temps perdu ? D’après quels critères ? Sont-ils appliqués à tous et à toutes ?

À travers ce projet, je souhaite créer une nuance dans nos temps – temps du quotidien comme temps de la vie – afin d’interroger cette hiérarchisation implicite de nos activités.

Le projet se découpe en trois parties : la réalisation d’un nuancier de nos temps quotidiens, une rencontre entre le temps des études et le temps de la retraite et enfin une création vidéo comme brouillage des temps ».

Yann Sérandour

dimanche 19 novembre 2017

Yann Sérandour

Né en 1974 à Vannes, vit et travaille à Rennes.

Il est représenté par la galerie gb agency.

http://www.rearsound.net/

 

Yann Sérandour l’un des trois artistes associés au cycle « alors que j’écoutais moi aussi… » présenté aÌ€ la Criée en 2017, avec Félicia Atkinson et Julien Bismuth.

Entre 2002 et 2005, il propose sa bibliothèque virtuelle interactive, avant d’écrire sa thèse en 2006 : Lecteurs en série, enqueÌ‚te sur un profil artistique contemporain. Il est lauréat du Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo en 2008. L’année suivante, il obtient le prix des plus beaux livres Suisses pour Inside The White Cube (Overprinted Edition), reprenant le titre du fameux ouvrage de Bryan O’Doherty qu’il avait déjaÌ€ réutilisé dans une installation au Palais de Tokyo. Il vit aujourd’hui aÌ€ Rennes où il est maiÌ‚tre de conférences en arts plastiques aÌ€ l’université.

La pratique de Yann Sérandour peut s’apparenter à celle d’un historien cherchant à recomposer une trajectoire historique, à partir de sources documentaires, reproductions, textes. Il s’intéresse en particulier à la manière dont un objet d’art est retransmis à travers l’espace et le temps, est diffusé et dispersé. À partir d’un travail d’enquête et de collecte qui le conduit d’une information à une autre, il tente de retracer la source de ces objets en étant à l’affût des accidents, des rebondissements de leur histoire. Par la relecture des sources historiques, il dédouble, superpose, entrecroise des époques pour créer de nouveaux récits, à travers lesquels « collectionneurs, amateurs et curieux » sont invités à cheminer, avec ou sans guide. Puisant ses inspirations dans l’histoire de l’art, son travail s’est initiallement référé à l’art conceptuel des années 1960-70, abondamment diffusé sous la forme de publications et d’imprimés, ses matières de prédilection. Dans son travail récent, il déplace librement son attention vers d’autres champs et des époques plus lointaines.

 

Tous au concert!

vendredi 17 novembre 2017

Le pêle-mêle est un activateur de rencontre avec les œuvres. C’est une série d’outils pédagogiques et ludiques conçus spécifiquement pour chacune des expositions.

Dans le cadre de l’exposition Pièces pour clavecins de Yann Sérandour, un jeu de plateau est proposé aux enfants pour raconter des histoires.
Le jeu Tous au concert se compose d’un plateau sous la forme d’un échiquier, de cartes de situations et de personnages. Ceux-ci constituent les principaux éléments d’une histoire aÌ€ inventer et font directement référence aÌ€ l’exposition.
Parmi les personnages on retrouve le claveciniste, deux petits chiens, un preneur de son, le facteur de clavecin et le public.
Nombre de joueurs: 2 à 6
But du jeu: raconter des histoires aÌ€ partir des éléments de l’exposition.
Sur le chemin du concert, chaque joueur avance de trois cases. Le trajet est libre mais il devra s’arreÌ‚ter sur deux types de cases : la case rose et la case clavecin. Le joueur pioche alors la carte correspondante.

Les enfants se mettent dans la peau de leur personnage et imaginent une histoire qui s’active aÌ€ l’aide de ces cartes :

  • La carte rose propose une situation possible dans le déroulé de l’ histoire. Elle est formulée par « Et si.. » par exemple « Et si « 
  • La carte clavecin propose un mot qui agit en tant qu’élément perturbateur. Celui-ci est formulé par la phrase « Que vient faire (…) dans cette histoire? » On trouve des mots tels que mouche, boudin, tiroir, rosace, etc… Ces mots désignent tout à la fois des éléments du vocabulaire technique du clavecin et du vocabulaire ordinaire et quotidien. Leur double sens amuse et résonne dans l’imaginaire des enfants. Sur chaque carte est inscrit le mot et sa définition dans le champ lexical du clavecin.
    La partie se finit lorsque tous les personnages se retrouvent au concert.

Retour sur les visites de l’exposition Pièces pour clavecin

jeudi 16 novembre 2017

La Criée centre d’art contemporain a accueilli l’Université du Temps Libre, l’URAPEDA, les étudiants du DSAA du Lycée Bréquigny, les étudiants en licence 1 de l’Université de Rennes 2, les élèves de l’école Louise Michel, les élèves de CM1 de l’école Pablo Picasso, deux classes de 4ème du collège Jean-Moulin de Saint-Jacques-de-la-Lande, le centre de loisirs Maison Bleue, et un groupe de jeunes apprenants en français.

Retour en image de leur visite de l’exposition Pièces pour clavecin de Yann Sérandour :

 

Les musiciens de Brême, Jacob et Wilhelm Grimm

jeudi 16 novembre 2017

 

Dans l’exposition Pièces pour clavecin, Yann Sérandour s’est intéressé aÌ€ la figure du chien et aÌ€ sa représentation comme élément de décor. La présence de l’animal domestique traverse l’histoire de la peinture.

Le singe est également un compagnon très en vogue au XVIIe. Il est représenté dans les peintures dites de « singeries ». Associé au style Rococo, il met en scène des animaux notamment des singes, adoptant un comportement humain.

La peinture ci-dessus intitulée Singerie: le concert de Christophe Huet est représentative de ce genre. On trouve un petit chien jouant d’un instrument à corde au premier plan, ainsi que des singes et toutes sortes d’animaux jouant de la musique. Le thème de la singerie se retrouve sur les décors peints des clavecins.

La littérature populaire explore également le thème des animaux comme chez les frères Grimm, dans le conte Les musiciens de Brême:

 

Un homme avait un âne qui l’avait servi fidèlement pendant longues années, mais dont les forces étaient à bout, si bien qu’il devenait chaque jour plus impropre au travail. Le maître songeait à le dépouiller de sa peau ; mais l’âne, s’apercevant que le vent soufflait du mauvais côté, s’échappa et prit la route de Brème : « Là, se disait-il, je pourrai devenir musicien de la ville. »

Comme il avait marché quelque temps, il rencontra sur le chemin un chien de chasse qui jappait comme un animal fatigué d’une longue course. « Qu’as-tu donc à japper de la sorte, camarade ? lui dit-il.

— Ah ! répondit le chien, parce que je suis vieux, que je m’affaiblis tous les jours et que je ne peux plus aller à la chasse, mon maître a voulu m’assommer ; alors j’ai pris la clef des champs ; mais comment ferai-je pour gagner mon pain ?

— Eh bien ! dit l’âne, je vais à Brème pour m’y faire musicien de la ville, viens avec moi et fais-toi aussi recevoir dans la musique. Je jouerai du luth, et toi tu sonneras les timbales. »

Le chien accepta, et ils suivirent leur route ensemble. A peu de distance, ils trouvèrent un chat couché sur le chemin et faisant une figure triste comme une pluie de trois jours. « Qu’est-ce donc qui te chagrine, vieux frise-moustache ? lui dit l’âne.

— On n’est pas de bonne humeur quand on craint pour sa tête, répondit le chat : parce que j’avance en âge, que mes dents sont usées et que j’aime mieux rester couché derrière le poêle et filer mon rouet que de courir après les souris, ma maîtresse a voulu me noyer ; je me suis sauvé à temps : mais maintenant que faire, et où aller ?

— Viens avec nous à Brème ; tu t’entends fort bien à la musique nocturne, tu te feras comme nous musicien de la ville. »

Le chat goûta l’avis et partit avec eux. Nos vagabonds passèrent bientôt devant une cour, sur la porte de laquelle était perché un coq qui criait du haut de sa tête. « Tu nous perces la moelle des os, dit l’âne ; qu’as-tu donc à crier de la sorte ?

— J’ai annoncé le beau temps, dit le coq, car c’est aujourd’hui le jour où Notre-Dame a lavé les chemises de l’enfant Jésus et où elle doit les sécher ; mais, comme demain dimanche on reçoit ici à dîner, la maîtresse du logis est sans pitié pour moi ; elle a dit à la cuisinière qu’elle me mangerait demain en potage, et ce soir il faudra me laisser couper le cou. Aussi crié-je de toute mon haleine, pendant que je respire encore.

— Bon ! dit l’âne, crête rouge que tu es, viens plutôt à Brème avec nous ; tu trouveras partout mieux que la mort tout au moins ; tu as une bonne voix, et, quand nous ferons de la musique ensemble, notre concert aura une excellente façon. »

Le coq trouva la proposition de son goût, et ils détalèrent tous les quatre ensemble. Ils ne pouvaient atteindre la ville de Brème le même jour ; ils arrivèrent le soir dans une forêt où ils comptaient passer la nuit. L’âne et le chien s’établirent sous un grand arbre, le chat et le coq y grimpèrent, et même le coq prit son vol pour aller se percher tout au haut, où il se trouverait plus en sûreté. Avant de s’endormir, comme il promenait son regard aux quatre vents, il lui sembla qu’il voyait dans le lointain une petite lumière ; il cria à ses compagnons qu’il devait y avoir une maison à peu de distance, puisqu’on apercevait une clarté. « S’il en est ainsi, dit l’âne, délogeons et marchons en hâte de ce côté, car cette auberge n’est nullement de mon goût. » Le chien ajouta : « En effet, quelques os avec un peu de viande ne me déplairaient pas. »

Ils se dirigèrent donc vers le point d’où partait la lumière ; bientôt ils la virent briller davantage et s’agrandir, jusqu’à ce qu’enfin ils arrivèrent en face d’une maison de brigands parfaitement éclairée. L’âne, comme le plus grand, s’approcha de la fenêtre et regarda en dedans du logis. « Que vois-tu là, grison ? lui demanda le coq.

— Ce que je vois ? dit l’âne ; une table chargée de mets et de boisson, et alentour des brigands qui s’en donnent à cœur joie.

— Ce serait bien notre affaire, dit le coq.

— Oui, certes, reprit l’âne ; ah ! si nous étions là ! »

Ils se mirent à rêver sur le moyen à prendre pour chasser les brigands ; enfin ils se montrèrent. L’âne se dressa d’abord en posant ses pieds de devant sur la fenêtre, le chien monta sur le dos de l’âne, le chat grimpa sur le chien, le coq prit son vol et se posa sur la tête du chat. Cela fait, ils commencèrent ensemble leur musique à un signal donné. L’âne se mit à braire, le chien à aboyer, le chat à miauler, le coq à chanter : puis ils se précipitèrent par la fenêtre dans la chambre en enfonçant les carreaux qui volèrent en éclats. Les voleurs, en entendant cet effroyable bruit, se levèrent en sursaut, ne doutant point qu’un revenant n’entrât dans la salle, et se sauvèrent tout épouvantés dans la forêt. Alors les quatre compagnons s’assirent à table, s’arrangèrent de ce qui restait, et mangèrent comme s’ils avaient dû jeûner un mois.

Quand les quatre instrumentistes eurent fini, ils éteignirent les lumières et cherchèrent un gîte pour se reposer, chacun selon sa nature et sa commodité. L’âne se coucha sur le fumier, le chien derrière la porte, le chat dans le foyer près de la cendre chaude, le coq sur une solive ; et, comme ils étaient fatigués de leur longue marche, ils ne tardèrent pas à s’endormir. Après minuit, quand les voleurs aperçurent de loin qu’il n’y avait plus de clarté dans leur maison et que tout y paraissait tranquille, le capitaine dit : « Nous n’aurions pas dû pourtant nous laisser ainsi mettre en déroute ; » et il ordonna à un de ses gens d’aller reconnaître ce qui se passait dans la maison. Celui qu’il envoyait trouva tout en repos ; il entra dans la cuisine et voulut allumer de la lumière ; il prit donc une allumette, et comme les yeux brillants et enflammés du chat lui paraissaient deux charbons ardents, il en approcha l’allumette pour qu’elle prît feu. Mais le chat n’entendait pas raillerie ; il lui sauta au visage et l’égratigna en jurant. Saisi d’une horrible peur, l’homme courut vers la porte pour s’enfuir ; mais le chien, qui était couché tout auprès, s’élança sur lui et le mordit à la jambe ; comme il passait dans la cour à côté du fumier, l’âne lui détacha une ruade violente avec ses pieds de derrière, tandis que le coq, réveillé par le bruit et déjà tout alerte, criait du haut de sa solive : Kikeriki !

Le voleur courut à toutes jambes vers son capitaine et dit : a II y a dans notre maison une affreuse sorcière qui a soufflé sur moi et m’a égratigné la figure avec ses longs doigts ; devant la porte est un homme armé d’un couteau, dont il m’a piqué la jambe ; dans la cour se tient un monstre noir, qui m’a assommé d’un coup de massue, et au haut du toit est posé le juge qui criait : « Amenez devant moi ce pendard. « Aussi me suis-je mis en devoir de m’esquiver. »

Depuis lors, les brigands n’osèrent plus s’aventurer dans la maison, et les quatre musiciens de Brème s’y trouvèrent si bien, qu’ils n’en voulurent plus sortir.

 

Sources:

http://books.openedition.org/pur/28414?lang=fr

http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/singeries/154424

https://www.wga.hu/html_m/h/huet/christop/singeri1.html

http://www.fabula.org/actualites/le-singe-aux-xviie-et-xviiie-siecles-figure-de-l-art-personnage-litteraire-et-curiosite_62056.php

http://www.meublepeint.com/chantilly-grande-singerie-huet.htm

https://www.festesdethalie.org/blanchet%20fixe.html

 

Le chant de l’échiquier

jeudi 16 novembre 2017

 

Dans l’exposition de Yann Sérandour, la scène des récitals s’intitule Dance Floor. Cette Å“uvre reprend la forme d’un damier, motif récurent dans les peintures de la Renaissance et de l’époque baroque. La scène en perspective était l’élément du décor sur lequel étaient disposés les personnages et les objets, afin de raconter une histoire. On le retrouve notamment dans des scènes avec un clavecin.

L’association de ce motif avec l’univers de la musique remonte à l’époque médiévale. En effet, on le retrouve comme décor sur la caisse de résonance d’un mystérieux instrument qui lui donna son nom : l’Échiquier. Ce petit instrument léger et transportable est apparu au XIVe. Il est composé de 8 à 9 touches. On pense qu’il s’agit du premier instrument à clavier à corde. Certaines sources indiquent qu’il s’agissait d’un instrument à cordes frappées: les touches actionnent le mécanisme dont l’extrémité est composée d’une petite pièce métallique qui frappe la corde (également en métal). En réalité, on ne détermine pas bien encore s’il s’agit d’un instrument à corde frappées, ou pincées, comme le clavecin.

Le décor est composé de 81 cases. Malgré son nom, Il diffère des jeux traditionnels d’échecs tels qu’on les connait aujourd’hui qui en comportent 64. Cependant, il pourrait renvoyer aux « tables à compter » ou aux tables à jouer de l’époque. En effet, l’arithmétique et la musique étaient très proches à l’époque médiévale.

Comme le clavecin qui tomba dans l’oubli après la révolution, cet instrument de facture médiévale a disparu progressivement au XVIe siècle. Aujourd’hui, seules deux représentations situées à la cathédrale Saint-Julien du Mans témoignent de son existence. On le retrouve parmi les 47 anges musiciens du Concert Céleste peint par Jean de Bruges qui orne la voûte de la Chapelle de la Vierge ainsi que sur l’un des vitraux de la cathédrale.

On pense que cet instrument servait à donner la note aux chanteurs. Depuis sa reconstitution par des spécialistes en 2011, on dispose d’informations contradictoires quant à sa fonction ; il s’agirait d’une machine « Énigme Médiévale » c’est-à-dire un appareil à décrypter les messages.

Malgré l’intérêt que cet instrument suscite, il conserve le mystère sur sa signification et le motif de son décor.

 

Sources :

http://nicolas.meeus.free.fr/NMOrgano/NMEchiquier.pdf

http://www.lavieb-aile.com/article-les-deux-echiquiers-de-musique-de-la-cathedrale-du-mans-123797641.html

http://amidache72.blogspot.fr/2014/03/anges-musiciens-de-la-chapelle-de-la.html

http://amidache72.blogspot.fr/2015/06/de-quelques-vitraux-de-la-cathedrale.html

http://unesarthoise.blog50.com/archive/2011/08/21/l-echiquier-de-musique.html