Archive de février 2017

Zin Taylor : dessine-moi un point

vendredi 17 février 2017

A l’occasion de l’exposition « alors que j’écoutais, moi aussi… », tout un pan de mur de la Criée est occupé par un dessin mural de Zin Taylor réalisé au posca, intitulé  Thoughts of a dot as it traverses a space (The Attic) ou La pensée d’un point tranversant l’espace (Le Grenier). Les lignes noires du dessin sur le mur blanc laissent apparaître des figures telles que des arbres exotiques, un personnage, des sortes de nuages et autres objets posés sur le sol, dans un style qui rappelle celui de la bande-dessinée. A gauche du dessin, à la manière d’un logiciel de traitement d’images, on peut voir les outils, ou plutôt les formes, qui ont servi à construire l’image. Certains enfants en visite à la Criée ont imaginé l’histoire de cette œuvre sous forme de récit, mais aussi en dessinant et en s’inspirant de ce répertoire graphique. Vous pouvez les écouter raconter leurs propres dessins.

 

Les pierres de pieuvres

vendredi 17 février 2017

Dans la première exposition du cycle « Alors que j’écoutais moi aussi… » présentée à la Criée, on trouve une œuvre de l’artiste japonais Shimabuku intitulée Pierres de pieuvres. Il s’agit d’une petite vitrine basse sur laquelle on peut se pencher pour admirer diverses pierres et coquillages dont l’emplacement a été étudié au millimètre près. Cette installation énigmatique est immédiatement éclairée par un petit texte écrit par l’artiste et déposé dans la vitrine :

«Les pieuvres ramassent souvent des pierres et des coquillages au fond de la mer […]. Et j’aime à collectionner ces objets à mon tour »

Cette belle histoire d’une collection modeste transmise de la pieuvre à l’homme, et de l’artiste aux visiteurs de l’exposition, a inspiré de nouvelles histoires à ces derniers, et en particulier aux enfants : à lire et à écouter.

Pour en savoir plus sur l’œuvre de Shimabuku, cliquez ici.

 

gerlach en koop, Pillow Objects : la suite

vendredi 17 février 2017

Le collectif d’artistes gerlach en koop présente pour l’exposition « alors que j’écoutais moi aussi… » à la Criée la troisième installation de la série des Pillow Objects (ou Objets Coussins), composée de deux portemanteaux, l’un sur un sac de terreau universel, et l’autre en-dessous. Cette œuvre se comprend dans un ensemble qui fonctionne à l’image d’une charade. Les enfants qui ont eu l’occasion de visiter l’exposition ont été invités à chanter la fameuse chanson des trois petits chats, qui se transforment en chapeau de paille, puis en paillasson, etc. Le travail de gerlach en koop fonctionne une logique similaire, à ceci près qu’ils jouent plutôt avec les objets qu’avec les mots. La première installation de la série était composée d’un carton de réfrigérateur sur une tablette de chocolat, et vice-versa. Ces deux objets ont donné naissance à un pot de peinture couleur chocolat, posé sous et sur un outil de carottage (pour extraire la terre du sol). L’assemblage de ces deux derniers objets a abouti au sac de terreau, désormais associé au portemanteau. Que seront les quatrièmes Pillow Objects ? Beaucoup de visiteurs ont tenté de trouver la suite… Et vous, qu’imaginez-vous?

 

Joana Escoval

vendredi 17 février 2017

Née en 1982 à Lisbonne, Portugal

vit et travaille à Lisbonne

joanaescoval.com

 

Lichens Never Lie est la première exposition personnelle en France de Joana Escoval, jeune artiste Lisboète de 34 ans.
Diplômée des Beaux-Arts de Lisbonne en 2008, Joana Escoval est d’abord formée au dessin et à la peinture. Pourtant, c’est avec une sculpture épurée et minimaliste qu’elle interroge le rapport entre la Nature et la Culture. Véritable fil rouge de sa démarche artistique, l’intégralité de son travail est marquée par cette volonté de comprendre les liens complexes qui unissent l’Homme avec l’Univers. Le dessin devient alors un outil pour prolonger le réel : il faut revenir à l’essence des choses, les capter dans leur état brut. Par des gestes minimaux, Joana Escoval cherche à saisir l’incommensurable.
Depuis 2010, la carrière de l’artiste alterne entre expositions collectives, personnelles, et travaux en résidence. En 2015, son séjour au Stromboli marque son travail de façon évidente : les sculptures en métal de l’artiste sont comme en symbiose avec la roche volcanique de l’île.
Sans cesse, la démarche de l’artiste s’inscrit dans un entre-deux. Entre nature et culture, donc. Mais aussi entre contemplation et action, entre travail d’atelier et travail de terrain. Cette approche en deux temps se retrouve dans la matière même de ses œuvres. Les matériaux utilisés, qu’ils soient artificiels (cuivre, laiton, argent, verre) ou naturels (feuilles d’arbre, bois, pierre), guident le cheminement existentiel de l’artiste. En questionnement permanent, Joana Escoval n’envisage pas son travail comme un achèvement, mais plutôt comme un point de départ vers la découverte.

Le pêle-mêle de Lichens never lie

jeudi 16 février 2017

Le pêle-mêle est un activateur de rencontre avec les œuvres.

C’est une série d’outils pédagogiques et ludiques conçus spécifiquement pour chacune des expositions.

Le pêle-mêle d’atelier: ce sont  des matériaux et des jeux pour expérimenter les différents gestes plastiques produit par les artistes. Ils font travailler l’esprit et les mains !

Expérience n°1 _Comment circule l’énergie ?

Frottons nous les mains, que se passe-t-il? Elles chauffent ! L’énergie circule.

Partons à la découverte des matériaux collectés et assemblés par Joana Escoval : cuivre, pierre, lichens, coquillages, plume, bois. Est-ce que certains conduisent l’énergie nommée électricité ? Pour y répondre servons nous de cette petite boîte à lumière.

 

Expérience n°2_Que vois-tu et que nous raconte l’exposition?

A ton avis qu’entend cette tête qui a l’oreille collée au sol ?

Qui est André ?

Y’ a -t-il une fausse pierre parmi les vraies ?

Dans quelle genre de cabane nous mène ces deux arches ?

Joana Escoval nous dit que les lichens ne mentent jamais, mais sais tu ce qu’est le lichen?

(Clique sur les photos pour les agrandir, tu peux aussi les imprimer )

La Savane de Virginie Yassef et de Ray Bradbury vue par …

mardi 14 février 2017

Dans une œuvre inédite présentée à la Criée autour du cycle « alors que j’écoutais moi aussi… », Virginie Yassef s’inspire de la nouvelle La Brousse  écrite par Ray Bradbury. Ainsi, les visiteurs de l’exposition sont confrontés à la vielle photographie d’un lion, projetée sur ce qui ressemble fort à un décor de théâtre. Cette œuvre a beaucoup inspiré les enfants : certains ont inventé une suite à la nouvelle de Ray Bradbury, et d’autres ont tout simplement imaginé une toute autre histoire à ce lion multicolore. Rendez-vous l’année prochaine pour découvrir la suite de l’histoire … En attendant, vous pouvez écouter ce qu’en disent les enfants, et consulter cet article pour en savoir plus sur Ray Bradbury et lire sa nouvelle.

 

La Brousse – Ray Bradbury

mardi 14 février 2017

Dans La Savane présentée à la Criée pour l’exposition « alors que j’écoutais moi aussi… », Virginie Yassef s’inspire de la nouvelle d’anticipation du même nom écrite par Ray Bradbury. Cette nouvelle fait partie d’un recueil de dix-huit nouvelles rassemblées sous le titre de L’Homme illustré (The Illustrated Man) et publiées aux Etats-Unis en 1951. Le prétexte de ces nouvelles est la rencontre entre le narrateur et l’ « homme illustré ». Ce dernier est un employé de cirque dont le corps a été entièrement tatoué par une vieille femme qui prétend pouvoir lire l’avenir. Ainsi, pour chaque nouvelle, l’un de ces tatouages prémonitoires prend vie.

Il retira sa chemise et la roula en boule. De l’anneau bleu tatoué atour de son cou jusqu’à la taille, il était couvert d’illustrations. « Et c’est comme ça jusqu’en bas », précisa-t-il, devinant ma pensée. « Je suis entièrement illustré. Regardez ! ». Il ouvrit la main. Sur sa paume, une rose. Elle venait d’être coupée ; des gouttelettes cristallines émaillaient ses pétales délicats. J’étendis ma main pour la toucher, mais ce n’était qu’une image. « Mais elles sont magnifiques ! » m’écriais-je. « Oh oui, dit l’homme illustré. Je suis si fier de mes illustrations que j’aimerais les effacer en les brûlant. J’ai essayé le papier de verre, l’acide, le couteau… Car voyez-vous, ces illustrations prédisent l’avenir. »

La Brousse (ou La Savane) est l’une de ces nouvelles de science-fiction. Elle traite du progrès technique et scientifique tout en faisant une critique de cette technologie. En effet, dans la nouvelle, les personnages vivent dans la « maison du bonheur », un logement high-tech du futur dont chaque objet est autonome. La famille (Lydia, Georges et leurs deux enfants Peter et Wendy) finit par devenir complètement dépendante de toute cette technologie qui les assiste au quotidien, jusqu’à ce que les parents se rendent compte de ses dangers. Mais il est déjà trop tard… Les deux autres thèmes essentiels de la nouvelle sont la relation entre enfants et parents ainsi que la limite entre réel et imaginaire. Les enfants, gâtés par leurs parents, ont reçu en cadeau une « nursery », créée à l’origine dans le cadre de recherches en psychologie. Il s’agit d’une salle de jeu connectée aux pensées des enfants et qui permet d’anticiper le moindre de leurs désirs. Peter et Wendy peuvent y faire apparaître tout ce qu’ils souhaitent, et leur choix se porte rapidement sur la savane et ses lions féroces, ce qui commence à inquiéter les parents…

Pour savoir la suite, vous pourrez trouver la nouvelle ici : La Brousse – Ray Bradbury.

Le récit et la narration dans l’histoire de l’art

lundi 13 février 2017

Le récit est la forme ancestrale de transmission des savoirs entre les hommes.

L’art du récit est un art premier dans sa capacité à nourrir d’autres expressions artistiques comme le théâtre, la danse, le cinéma, les arts visuels… Du point de vue de la création artistique, il existe trois types d’œuvres narratives: « Les œuvres qui racontent leur propre histoire », « Les œuvres qui racontent l’histoire des artistes », « Les œuvres qui inventent des histoires». On pourrait distinguer deux grandes catégories d’œuvres usant du récit: celles qui témoignent de la réalité et celles qui convoquent des données fictionnelles.

L’exemple le plus archaïque d’œuvre illustrant la vie quotidienne demeure les fresques des hommes préhistoriques comme dans les grottes de Lascaux. Bien plus tard, durant les années soixante-dix, la montée en puissance des œuvres narratives donne naissance au Narrative art, qui, tout comme les peintures des premiers hommes, relate le quotidien et choisit pour thème l’environnement immédiat.

Digne représentant de ce non-mouvement (davantage revendiqué comme un terrain de jeu), Christian Boltanski réalise en 1974 Les Saynètes Comiques. Il s’agit d’un ensemble de 25 œuvres, composées de photographies retouchées au crayon ou au pastel, dans lesquelles il raconte son histoire sur un mode clownesque. Chaque cliché représente un événement familial marquant (enterrement, mariage, anniversaire…) qu’il rejoue pour la prise de vue. Tous les personnages sont incarnés par l’artiste lui-même, à peine déguisé par quelques accessoires, ceci dans un décor modeste accentuant la dimension humoristique voire grotesque.

Dans cette même volonté autobiographique, Sophie Calle est passée maître du genre. Artiste plasticienne, photographe, femme de lettres, elle s’évertue à faire de sa vie et son intimité une œuvre. Son travail Douleur Exquise (1984-2003), est constitué de neuf panneaux, alliant photographies et textes brodés sur de grands supports en lin. L’artiste y relate quinze ans après, l’histoire d’une douloureuse rupture amoureuse, y associant l’image fixe de ce souvenir.

Choisir de raconter une histoire au sein d’une œuvre est également prétexte à y insérer de la fiction. Les artistes peuvent ainsi puiser et se réapproprier dans l’Histoire, les mythes et les légendes en tous genres. Réécrivant l’histoire: Maurizio Cattelan décide de mettre Adolphe Hitler à genoux dans sa sculpture Him en 2001. Usant du passage biblique sur le déluge, David Lachapelle offre dans la série photographique du même nom (2006), une projection catastrophique de l’avenir de l’être humain s’il continuait de surconsommer ses ressources.

S’éloignant de toute forme de réalité, Jacques Monory, en tête de file des artistes de la figuration narrative, emprunte des scènes figées au cinéma et par sa palette de couleur réduite; une dominante bleutée évoquant le rêve éveillé, il accentue le contraste avec le réalisme de la figuration. (Meurtre #21, 1968)

L’artiste lui-même peut jouer de la fiction pour se dissimuler derrière un tiers. Familier du genre, Marcel Duchamp avec l’humour qu’on lui connait, se rebaptise R. Mutt en signant son illustre Fontaine (1917), avec l’idée de présenter ce ready-made anonymement. Cindy Sherman pour sa part, témoigne des différentes facettes de la vie des femmes se déguisant tour à tour en actrice, femme-enfant, prostituée, femme au foyer, utilisant son corps uniquement comme un medium à modeler et transformer.

Au paroxysme du principe de fiction, Philippe Thomas créé en 1985 le Fictionnalisme: un mouvement artistique fictif. De 1987 à 1993, il fonde et développe l’agence Readymades Belong to Everyone. Basée à la Cable Gallery de New York, une succursale sera ouverte à Paris galerie Claire Burrus. L’agence propose un protocole commercial inédit: la transaction transforme l’acquéreur d’une œuvre en son auteur. Le nom Philippe Thomas est donc occulté par celui des collectionneurs et de l’agence. Émancipée du cadre dans lequel elle s’élabore traditionnellement (le roman ou le cinéma), cette fiction prend ici place directement dans l’espace réel, dans un jeu de contaminations réciproques. Apparaissant ainsi à la fois comme thème et structure de son œuvre, elle répond à un schéma narratif qui emprunte aux lectures dont l’artiste se nourrit. Une pratique citationnelle qui permet à Philippe Thomas de semer des indices dans chacune de ses pièces, créant un véritable jeu de pistes pour le regardeur.

Typhaine Rouillard.

Sources:

La figuration narrative

Parcours autour de la narration

Réalité et fiction dans l’art contemporain

Philippe Thomas et le Fictionnalisme

L’art de conter et une histoire du conte

lundi 13 février 2017

L’art de conter

Le conte fait partie de la littérature la plus ancienne, la plus archaïque. C’est un genre littéraire qui a commencé dans les mondes qui nous ont précédés et qui étaient sans écriture : la littérature était orale, c’était un récit. Cela pouvait être aussi des proverbes, des devinettes, des chansons ou des berceuses. Tout était dit oralement, dans un instant, un lieu, une communauté, pour des personnes qui se rassemblaient et qui faisaient que ce conte était une sorte de parole partagée. Au Moyen-Age, toutes les classes de la population affectionnaient les contes. C’était la plupart du temps un serviteur, doué pour ce genre d’exercice, qui racontait à ses maîtres. Dans la bourgeoisie du XVIIIème siècle, il a été considéré que les contes étaient destinés aux enfants. Dans les classes populaires, cependant, les contes ont continués à vivre. Au XIXème siècle, le conte était l’apanage des gens des campagnes. Conter est un art difficile et exigeant qui demande à celui qui s’y risque une foule de qualités : du goût pour l’art de dire, une bonne mémoire, une excellente culture générale, du talent et un sens du merveilleux hors du commun.

 

Une histoire du conte

L’homme a toujours aimé les récits merveilleux et extraordinaires. Il s’est d’abord plu à écouter les épopées (contes héroïques) ; puis au fur et à mesure que l’esprit s’affina, le conteur prit pour objet de ses récits les événements de la vie réelle, qu’il transformait au gré de sa fantaisie, soit en leur donnant la couleur du merveilleux, soit en les présentant sous une forme satirique, soit encore en recueillant les traditions populaires.

L’Orient est la patrie des contes pleins d’aventures extraordinaires, où le merveilleux joue le principal rôle. Le Livre des Mille Et Une Nuits est un recueil anonyme de contes populaires d’origine persane et indienne écrit en langue arabe. Shéhérazade raconte chaque nuit à un cruel sultan, une histoire dont la suite est reportée au lendemain. Celui-ci qui avait l’intention d’exécuter la jeune femme ne peut s’y résoudre, reportant l’exécution de jour en jour afin de connaître la suite du récit. Parmi  les plus célèbres on trouve: Aladin, ou la Lampe merveilleuse, Ali Baba et les Quarante Voleurs, Sinbad le Marin…

En France, les conteurs se succèdent sans interruption. Au XVIIème siècle paraissent les Contes d’Ouville, les Contes des Fées de Madame d’Aulnoy, les Contes de La Fontaine ainsi que les contes de Charles Perrault à partir de 1691. Auteur prolixe et formalisateur important du conte merveilleux, il est à l’origine entre autres de: Barbe bleue, le Belle au bois dormant, Cendrillon, le chat botté, peau d’âne, le petit poucet, le petit chaperon rouge, Riquet à la houppe… Les contes de la mère l’Oye, son chef d’œuvre, inspirera les générations suivantes de conteurs.

En Allemagne, il faut surtout mentionner Hoffmann et ses contes fantastiques, qui sont presque tous des chefs-d’œuvre: entre autres Casse-Noisette et le roi des souris publié en 1816, puis adapté en ballet par Tchaïkovski. Tout aussi renommés, les frères Grimm ont créé quantités de contes et légendes célèbres: Hansel et Gretel, La jeune fille sans mains, Raiponce, Le Roi-grenouille, Blanche-Neige, Tom Pouce… issus pour la plupart du recueil Contes de l’enfance et du foyer (1812).

Au Danemark, entre 1835 et 1850, Andersen rédige une quantité de contes qui deviendront illustres: la petite sirène, le vilain petit canard, la reine des neiges, la petite fille aux allumettes, la princesse au petit pois… Son inspiration provient de récits qu’il a entendus dans son enfance, de ses observations de la vie quotidienne, voire de sa propre vie (dimension autobiographique).

L’illustration de ces contes merveilleux participe également à nourrir l’imaginaire de ses lecteurs: les plus connues demeurent les gravures de l’artiste strasbourgeois Gustave Doré.

Typhaine Rouillard.

Sources:

Histoire du conte

L’art de conter

Le Mail Art ou Art Postal

lundi 13 février 2017

Pour échapper au système traditionnel des galeries d’art, Eleanor Antin fait le choix de l’art postal en envoyant à un millier de destinataires (artistes, critiques, bibliothèques, institutions…) des cartes postales de son périple au travers des États-Unis.

Appelé aussi Mail Art, l’art postal est une forme artistique qui utilise les divers composants de la correspondance postale ainsi que les services de la poste. La lettre et l’enveloppe deviennent un support d’expression artistique. Les courriers de Mail Art adressent un message tout autant par le texte que par l’image. Il se revendique comme une alternative aux modes d’expression artistique traditionnels. Une des conditions essentielles de l’art postal c’est qu’il doit passer par les services postaux. L’expéditeur n’exerce plus aucun contrôle sur son envoi, ne sachant ni s’il parviendra à bon port, ni dans quel état il y parviendra. Les traces de l’acheminement font partie de l’ « œuvre ». L’oblitération est essentielle. Les matériaux utilisés sont des plus variés tout comme les techniques : la photographie, le dessin, le collage, la peinture, la calligraphie…La création et les envois peuvent se nourrir des images, des formes, du timbrage, de l’écriture des adresses ou encore des tampons et cachets.

Dès l’invention de la carte postale (Autriche XIXe siècle) et du timbre (Angleterre 1840 et France 1848), les premiers envois illustrés apparaissent. Puis au XXème siècle Le mouvement Dada et les surréalistes s’emparent de cette forme artistique et mettent en œuvre leurs techniques de collages d’images afin de provoquer des émotions et des réactions inédites. Poètes et peintres se saisissent alors de se moyen de communication: Mallarmé écrit les adresses sous forme de quatrain. Picasso, Apollinaire ou Duchamp et les dadaïstes illustrent leurs courriers, détournent les supports, jouent avec les codes postaux.

En 1910, en Italie, les artistes futuristes usent du mail art comme offensive contre la « tradition académique ». Plus tard, dans les années 1950, des artistes de Fluxus influencés par le dadaïsme et le futurisme remettent en cause les conventions et les contraintes idéologiques, artistiques et politiques à travers ce même dispositif. Par cette pratique les artistes subvertissent le fonctionnement du marché de l’art: avec eux, l’art entre dans la vie quotidienne.

Ray Johnson, est considéré comme le père fondateur de ce courant artistique (1962). Il crée la « New York School of Correspondance » définie comme une « non-école ». Il définit le Mail Art comme étant « secret, privé et sans règle » Mais le Mail Art ne restera pas secret et privé bien longtemps. Il va s’étendre et des réseaux vont se créer, pour connaître un véritable essor dans les années 1970.

Le Mail Art souligne l’importance des liens sociaux et privilégie la relation humaine. Tout le monde peut faire de l’art postal, des anonymes s’approprient également ce moyen d’expression jouant avec humour avec la rigidité de l’institution postale.

Typhaine Rouillard.

Sources:

Art Postal

Mail Art

Musée de la poste