Archive de juin 2018

Vincent Gicquel Mini-bio

vendredi 29 juin 2018

Vincent Gicquel, 2018 © Valérie Rulleau

né en 1974 en Normandie, France
vit et travaille à Bordeaux, France
représenté par la galerie Thomas Bernard – Cortex Athletico

 

Vincent Gicquel passe son enfance entre Dinan et St Malo à construire des cabanes et, quand il pleut, à reproduire dans l’atelier de son père les tableaux des grands peintres (Van Gogh, Monet ou Picasso…). Il développe alors un attachement très profond pour la peinture à l’huile et un peu plus tard pour la philosophie tragique de Nietzsche et Schopenhauer. Son travail se nourrit également des grandes œuvres littéraires, notamment du poète et dramaturge Thomas Bernard et de la psychanalyse. Ses lectures confortent sa vision du monde et son désir profond d’être peintre. Pour l’artiste, le seul sujet possible de sa peinture, c’est l’Homme et son rapport au monde. Vincent Gicquel peint essentiellement des figures humaines, vivantes, dans des situations curieuses et absurdes. Ses personnages étranges nous regardent toujours et nous surprennent : « ils sont les témoins immortels de notre passage sur la terre » dit Vincent Gicquel. Ils jouent, rient, pleurent, s’amusent, aiment, sans vanité ni artifice.

 

« La mort est mon sujet favori parce que la vie est mon sujet favori »

Vincent Gicquel

 

 

Maîtres anciens de Thomas Bernhard

jeudi 21 juin 2018
Première parution en 1988
Trad. de l’allemand (Autriche) par Gilberte Lambrichs
Collection Folio (n° 2276), Gallimard
Parution : 13-06-1991

Maitres anciens de Thomas Bernhard est l’une des œuvres favorite de Vincent Gicquel.

Sous-titré « Comédie », Maîtres anciens est l’avant-dernier roman du poète et dramaturge autrichien Thomas Bernhard. L’histoire se déroule intégralement au Musée d’histoire de l’art de Vienne où le narrateur, Atzbacher, a rendez-vous avec Reger, un vieux critique musical. Atzbacher est arrivé en avance pour observer Reger, assis sur la banquette qu’il occupe chaque matin depuis dix ans, face à L’Homme à la barbe blanche du Tintoret.

Dans cette attente, viennent se nicher réflexions, supputations, spéculations de l’un sur l’autre. Sous la forme d’un discours indirect, sans chapitre, sans retour à la ligne, sans même de point, le texte passe sans transition d’un sujet à un autre : sont convoqués pêle-mêle Heidegger, le deuil, l’art, l’héritage, la filiation, l’institution des musées, l’autorité des maîtres anciens, l’enfance, Beethoven… Cette diatribe, exaltante et libératrice, est empreinte de l’ironie du désespoir.

Extraits :

«Les peintres n’ont pas peint ce qu’ils auraient dû peindre, mais uniquement ce qu’on leur a commandé, ou bien ce qui leur procurait ou leur rapportait l’argent ou la gloire, a-t-il dit. Les peintres, tous ces maîtres anciens qui, la plupart du temps, me dégoûtent plus que tout et qui m’ont depuis toujours donné le frisson, a-t-il dit, n’ont jamais servi qu’un maître, jamais eux-mêmes et ainsi l’humanité elle-même. Ils ont tout de même toujours peint un monde factice qu’ils tiraient d’eux-mêmes, dont ils espéraient obtenir l’argent et la gloire ; tous ils n’ont peint que dans cette optique, par envie d’argent et par envie de gloire, pas parce qu’ils avaient voulu être peintres mais uniquement parce qu’ils voulaient avoir la gloire ou l’argent ou la gloire en même temps que l’argent.»

Entretien avec Vincent Gicquel

mercredi 20 juin 2018

Entretien avec Vincent Gicquel, pour son exposition C’est pas grave à La Criée (juin 2018)

La peinture et l’aquarelle 

Vous avez passé beaucoup de temps à étudier la peinture en recopiant les tableaux des grands maîtres : qu’est-ce qui fait selon vous une « bonne peinture » ?

Hergé, Bosch, Caravage, Picasso, Van Gogh, etc. Tous ont peuplé mon enfance ! S’il y a un point commun à toutes les grandes œuvres ? Sans doute leur intemporalité.

Qu’est-ce qui inspire et motive chez vous l’acte de peindre ou de dessiner ?

Malgré tous les chefs-d’œuvre qui peuplaient cette enfance, il me manquait quelque chose. Je n’ai fait que peindre les images qui me manquaient. J’avais besoin de voir des Gicquel.

 Vous avez développé un attachement très fort à la peinture à l’huile. Pourquoi avoir choisi de réaliser treize aquarelles pour votre exposition à La Criée ? Et quels liens faites-vous entre vos aquarelles et vos peintures ?

Le choix du médium importe peu. Même si je suis très attaché à la peinture à l’huile, j’ai toujours utilisé l’aquarelle pour des dessins, des études de postures, etc. Les liens se font tout seul. Ce qui ressort de mes œuvres c’est l’humain ; l’Homme dans le monde. Les questions que pose ma peinture vont, je l’espère, bien au-delà des questions de médium. Ce qui lie tout cela c’est l’amour, la mort, l’humour, la vie.

Pourquoi avoir choisi de devenir peintre aujourd’hui ?

Je n’ai rien choisi du tout, j’ai juste écouté mon corps, mon instinct. Et j’ai accepté les choses. Je suis né peintre comme d’autres naissent aveugles. Pour le reste, on s’adapte.

La figure au centre

Le sujet de prédilection de vos aquarelles (et de vos peintures) est la figure humaine. Pour quelle raison cette attention au Sujet ?

Car l’Homme est intrinsèquement lié à la mort, qui est pour moi le seul sujet possible. J’ai souvent dis que la mort est mon sujet favori parce que la vie est mon sujet favori.

Pourquoi vos figures apparaissent-elles toujours masculines, comme « masquées » ? S’agit-il des masques tragi-comiques de la Comédie humaine, une façon de transfigurer la mort ?

Tout simplement parce que je suis un homme, et qu’au fond je n’ai toujours peins que moi. Vous parlez de masque ; pour moi c’est tout le contraire. On a justement ôté tous les masques. Reste la figure vivante. Mes personnages n’ont pas besoin de masque pour jouer la comédie, ils aiment la vie telle qu’elle est. Sans avoir à transfigurer quoi que ce soit.

 Pour quelle raison les figures de vos peintures nous regardent-elles toujours ?

Le regard est une notion importante dans mon travail. Une des raisons pour lesquelles ces figures nous regardent, c’est qu’au-delà du spectateur, c’est l’humanité toute entière qu’elles regardent. C’est sans doute pour cela qu’elles semblent catastrophées. Elles découvrent soudain l’Homme tel qu’il est ! Nous pensons surprendre mes personnages, être témoins de leurs occupations étranges. Mais ce sont eux qui nous surprennent ; ils sont les témoins immortels de notre passage sur la terre. À travers leurs regards, nous sommes soudain pris en compte ! Pris en flagrant délit de vie.

Inspirations 

Vous citez parmi vos références les philosophes Nietzsche et Schopenhauer, mais aussi la psychanalyse. Quelles influences ont eu ces lectures sur votre pratique ?

Je ne pense pas que l’on puisse vraiment parler d’influence, mais les grandes œuvres littéraires, philosophiques ou psychanalytiques m’ont beaucoup apporté dans le sens où elles ont conforté mes ressentis. Je me sentais moins seul à leurs côtés. Ils ont, en quelque sorte, approuvé ma vision du monde et conforté la confiance que j’avais déjà en moi. Ils sont ma famille, non pas des influences mais bel et bien des frères d’armes.

Vous avez dit : « le seul sujet possible, c’est moi, c’est mon rapport au monde ». Quel est votre rapport au monde, votre vision de vous-même et de l’Homme aujourd’hui ?

Mon rapport au monde est assez naturel, je n’essaie pas de nager à contre-courant, je vais où le vent m’emmène. J’accepte tout, tout, tout de cet univers ! Je suis intensément conscient de l’opportunité que j’ai de vivre.

L’ironie est très présente dans votre travail : qu’est-ce qui vous fait rire ?

Tout est risible quand on pense à la mort.

Pourquoi avez-vous choisi le titre C’est pas grave pour l’exposition et l’ensemble des aquarelles ? Qu’est ce qui n’est pas grave ?

Pour son côté enfantin sans doute, tout cela n’est qu’un jeu aux règles incompréhensibles. On sait juste une chose, c’est qu’à la fin, tout le monde sera perdant… alors jouons car rien n’est grave…

La figure humaine et la corps dans l’art

mercredi 20 juin 2018

Autoportrait, peinture de Vincent Van Gogh (1853-1890) dédicacée à Gauguin, 1888, huile sur toile, photo : Aisa/Leemage.

 

La figure humaine et le corps sont les sujets de prédilection de la peinture de Vincent Gicquel. Ils sont au cœur de la tradition artistique en occident, en tant que motif et en tant que genre, et notamment à travers celui du portrait et celui du nu.

Cet intérêt ne connaît pas d’infléchissement au 20ème siècle. Avec les mouvements modernes, la figure humaine devient le lieu privilégié de toutes les expériences plastiques – du corps outragé de couleurs des nabis, au corps éclaté des cubistes, en passant par le corps distendu et déformé des expressionnistes. L’abstraction menace la représentation de l’humain de disparition, mais ne parvient pas à le sortir complètement du champ de l’art.

Dans la seconde moitié du 20ème siècle, les artistes continuent d’interroger à travers la figure humaine les questions de l’identité, de l’être et du paraître, le rapport de l’homme aux choses, aux autres, au monde, et la persistance de l’obsession de la mort.

Mais plusieurs facteurs – la seconde guerre mondiale et l’horreur de l’Holocauste, qui marquent la fin d’un certain idéal humaniste ; la banalisation des images du corps dans notre société, souvent instrumentalisées à des buts commerciaux ou idéologiques – amènent des questionnements nouveaux autour de la représentation du corps humain.

La figure humaine et le corps sont au cœur des expositions C’est pas grave de Vincent Gicquel à La Criée et Debout ! au Couvent des Jacobins.

Les aquarelles et les peintures de Vincent Gicquel nous donnent à voir des corps vivants dans des situations de jeu, de plaisir, de fuite… surpris en flagrant délit de vie.

En parallèle, l’exposition Debout ! au Couvent des Jacobins, présentent plusieurs œuvres représentant des corps : transparent, décharné, robotique, martyrisé, mort ou vivant. Par exemple, les figures hybrides en volume de Thomas Schutte (Grosse Geister Nr und Nr 13) et de Thomas Houseago semblent tout droit sorties de films de science-fiction (Striding Figure II, Baby), tandis que celles de Duane Hanson (Seated artist, Baby in stroller) ou de Maurizio Cattelan (Him) sont hyperréalistes et renvoient à l’Histoire (celle de la contre-culture américaine et du nazisme). D’autres artistes jouent sur l’apparition et la disparition des corps, qu’il s’agisse des représentations de la communauté noire-américaine des peintures de Lynette Yiadom-Boakye (Ressurrect the Oracle, Uncle of the Garden), ou des personnages de la vie d’Henry Taylor (Johnie Ray Taylor) qui mêle souvenirs et rêves.

La multiplicité et la diversité des approches de la figure humaine nous laissent entrevoir le caractère inépuisable et intemporel de ce thème.

 

 

La playlist de Vincent Gicquel

mercredi 20 juin 2018

Bob Dylan, Positively 4th Street, 1964

Bob Dylan, Like a rolling Stone, 1965

Brian Wilson, God only knows, 2001

Glenn Gould, les variations Goldberg (version de 1981 !)

Bob Dylan, Positively 4th Street, 1964

Georges Brassens, Le Testament, 1957

Radiohead, Karma police, 1997

Radiohead, Paranoid Android, 1997

Janis Joplin chez Tom Jones, Little girl blues, 1969

Lenny Kravitz, Stand by my woman, 1991

Lenny Kravitz, Believe, 1993

Prince, Purple Rain, 1984

Neil Hannon, Tonight we fly, 1994

David Bowie, Changes, 1971

extrait du « journal de médiation » de l’exposition DEBOUT! Collection Pinault réalisé par Aline Montaigne et Maëlys Moreau

Le portrait chinois de Vincent Gicquel

mercredi 20 juin 2018

Friedrich Nietzsche (1844-1900)

Vincent Gicquel, si vous étiez …

… un sport ? : Un sport individuel

… une œuvre d’art ? : « Maîtres anciens » de Thomas Bernhard

… quelque chose qui n’existe pas ? : Dieu

… un philosophe ? : Friedrich Nietzsche

… une recherche Google ? : Prévision houle atlantique nord

… une invention ? : La Flat-top guitar de C.F. Martin & compagnie

… une chanson ? : « Positively 4th street », de Bob Dylan

… un bruit ? : Celui des vagues

… pas un artiste ? : Je serais Peintre

… votre pire ennemi ? : Le bruit

… un rêve ? : Un atelier sur une île déserte

… un outil ? : Un Pinceau

… quelqu’un d’autre ? : Cela aurait été un cauchemar !

… un lieu ? : Une plage

… une religion ? : L’art

… un défaut ? : Mon côté obsessionnel

… une série ? : Fargo

… un proverbe ? : « Qui ne tente rien n’a rien »

extrait du « journal de médiation » de l’exposition DEBOUT! Collection Pinault réalisé par Aline Montaigne et Maëlys Moreau