Archive de l'Auteur

On stage

samedi 12 mars 2022

Réalisation d’une vidéo de présentation de l’exposition « DARK-EN-CIEL » de la plasticienne Bertille Bak. L’exposition m’a particulièrement touchée c’est pourquoi j’ai voulu en faire une vidéo.

Dans l’exposition Mineur Mineur, Bertille Bak met sur scène et en avant l’exploitation des enfants dans les mines d’extraction. Pour autant, ce n’est pas pour cela que Bertille Bak a voulu noircir cette triste réalité. Bien au contraire, elle aborde ce sujet sous l’angle des « jeux d’enfants ». Le contraste entre le « jeu » et la réalité accentue encore plus la gravité des faits.

Dans cette vidéo, je me suis inspiré de la démarche de Bertille Bak mais en mettant en avant la chance des étudiants. Cette chance que nous avons de pouvoir étudier, avoir accès à la culture, au cinéma, à la lecture, à la flânerie… doit se démocratiser et être rendue accessible à tous.

   Paco

La trace, un acte volontaire comme involontaire

mercredi 5 janvier 2022

Molusma, ce mot vous semble sûrement inconnu. Il est apparu dans les années 60, originaire du grec, il signifie la tâche et la souillure. Maurice Fontaine en propose une définition : ère géologique actuelle. Celle-ci est marquée par la production des déchets qui vont profondément altérer notre environnement. Ainsi, il prend tout son sens dans le travail d’Elvia Teotski. La trace, qu’elle soit volontaire ou involontaire, n’a cessé de questionner l’artiste. 

Comment Elvia Teotski s’approprie la trace du vivant ? 

Tout d’abord, il est nécessaire de définir la trace. La trace est une empreinte ou une suite d’empreintes, de marques, que laisse le passage d’un être ou d’un objet. Elle peut prendre différentes formes : être à peine perceptible à l’œil nu comme être imposante dans le paysage. Ces variations peuvent-être dues à l’acteur d’une trace.

Ainsi, celle-ci peut être à la fois un acte volontaire ou involontaire. Volontaire, par l’activité humaine et sa transformation sur le paysage, l’Homme va ainsi dégrader son environnement par le biais de constructions ou même d’un simple passage par exemple. Il va marquer son passage en laissant des indices derrière lui. Nous pouvons l’observer dans l’exposition Molusma où l’artiste a souhaité laisser les déchets de l’Homme comme une paire de lunettes et un briquet. Ils sont entremêlés avec les algues et la terre.

Enfin, la trace peut être involontaire. Par le mouvement, les êtres vivants sans le vouloir vont venir laisser un indice de leur passage. Elvia Teotski a intégré des criquets dans le lieu de l’exposition. Par leurs déplacements, ils vont créer des empreintes sur les structures en brique de terre. La trace peut donc prendre diverses formes et avoir un impact plus ou moins important sur le paysage et ainsi transformer l’environnement.

 

Le travail de l’artiste a été modifié par différents facteurs. La variation du climat causé par les flux de personnes dans le lieu, la température extérieure et intérieure ont produit involontairement des traces sur les micro-architectures. Ces causes ont des conséquences sur l’aspect visuel des constructions, mais aussi sur leurs matérialités. Par exemple, on peut observer que la plasticité de la terre augmente en rugosité, elle se rétracte, elle devient plus friable, elle se divise et elle s’affaisse. De plus, la teinte de la terre a subi une modification involontaire de l’artiste, car elle a été prélevée de son environnement puis mise en forme dans un espace intérieur, par conséquent elle n’a plus ses apports nutritifs. Toutefois, la marge de contrôle que l’artiste n’a pas sur l’évolution de cette matière vivante laisse place à une esthétique singulière avec un camaïeu de brun et d’orange.

Dans les productions de l’exposition, le processus technique de l’artiste a produit des traces. Les outils (mains, eau, moule, spatule, coffrage…) qu’elle a pu utiliser pour mettre en forme les briques de terre et d’algue, ajouter des jointures puis fonder des ensembles (leur organisation) laissent chacun leur marque. La maîtrise des outils utilisés est variable, car le geste de l’humain n’est pas mécanique. Il est modifié par la tension, la force, l’agilité et les caractéristiques de la surface sur laquelle il agit. Il peut être répétitif, mais il n’est pas identique.

D’autre part, les multiples pierres que l’artiste a décidé d’incorporer à ses structures présentent des traces issus de leur contexte de provenance (chantier de démolition). La trace de certaines techniques de construction est nettement visible comme les briques organisées et fixées avec du ciment. Ayant été prélevé d’un assemblage de matériaux, les pierres sont irrégulières, impactées, fendues, brisées et râpées. Ces actions sur les pierres ont pu être réalisées par le temps, les outils de démolition ou bien par plusieurs matières qui se sont chevauchées. Cependant, la soustraction des morceaux sur les pierres offre un aperçu de la composition intérieure du matériau et pas seulement de son état de surface extérieure. L’exposition Molusma nous questionne sur les constructions humaines à travers divers éléments tangibles. Toutefois, elles apparaissent aussi sous la forme de l’écriture avec des informations marquées à la peinture, au marqueur ou bien au crayon.

 

Tout d’abord, la trace est présentée de différentes manières comme expliquée ci-dessus, toutefois, la manière la plus explicite de la rencontrer, est celle de l’Homme par la présence de déchets (briquet, lunettes, éponge, textile, mousse, béton, morceaux de plastique…) mais aussi de déchets végétaux.

En effet, les algues emportent ces déchets, des déchets qui évoluent dès leur contact avec la nature, une dégradation de ces déchets est visible à l’œil nu dans Molusma. 

Ces déchets montrent une évolution différente dans le travail de la brique, car finalement, ils la composent involontairement. Les déchets ayant déjà plus ou moins évolués dans le milieu naturel, n’ont pas la même apparence et influencent l’évolution de la brique employée par Elvia Teotski, leur apparence diffère dans le temps. 

La composition naturelle des briques (terre et algue) n’est pas la même car la nature ne produit pas des choses similaires. L’aléa de cette composition montre une évolution différente que l’on peut constater par le séchage, des craquelures sont présentes, tandis que sur d’autres, on remarque de la moisissure, des déchets comme des morceaux de béton, de plastique, de textile sont de plus en plus visibles après le séchage. 

La température du lieu d’exposition joue aussi sur l’évolution de la brique, car plus il fait chaud plus la terre aura du mal à garder sa forme initiale. Au fur et à mesure de l’exposition la terre s’effrite sur le sol, on voit une différence entre le début et la fin de l’exposition. 

En parallèle, Elvia Teotski utilise ses algues pour faire passer un message aux habitants bretons. La présence des déchets montre une activité humaine qu’Elvia Teotski cherche à dénoncer par l’utilisation d’algues vertes toxiques et envahissantes sur le littoral breton. La trace de l’algue est présente dans l’exposition afin de mettre en avant la problématique de la région importante à traiter pour préserver le paysage breton. 

Elvia Teotski a donc utilisé des éléments du territoire breton, travailler localement, pour limiter son impact sur l’environnement et révéler l’impact des êtres vivants sur l’environnement. Cet acte peut être plus ou moins néfaste sur l’environnement du fait de sa nature : volontaire ou involontaire.

Victoire, Maud, Léa M.

Sensible – court métrage

jeudi 23 décembre 2021

Sensible interroge les interactions entre humain et non humain. Dans l’exposition « Molusma », le criquet survie dans un environnement privilégié. L’homme prend conscience du temps naturel de chaque chose. Le paysage évolue sous son influence. Les cannettes se confondent aux cailloux, pendant que la patiente moisissure colonise les algues.

Le cadre précise et dévoile l’enfermement dans la même démarche que Mommy de Xavier Nolan où le cadrage se rétrécie pour signifier une extension de liberté.

Les petits criquets regardent avec étonnement cette agitation. Lors de cette rencontre, l’un prend conscience de sa folle démiurgie pendant que l’autre survie jusqu’à la prochaine exposition.

ENTRE TERRE ET MER

jeudi 23 décembre 2021

COMMENT LA RÉCUPÉRATION DES DÉCHETS LOCAUX, PEUT-ELLE FAIRE OEUVRE ?

À la Criée est exposée l’oeuvre  Molusma d’Elvia Teotski.

« Molusma », qui signifie la tâche ou la souillure, consiste en l’étude de l’impact des déchets sur les fonds marins. 

L’artiste Elvia Teotski dans son exposition Molusma a pour but de revaloriser ce nom en ré-employant, elle-même, des déchets. Elle travaille les matériaux sous forme expérimentale. 

Ici, les déchets sont utilisés dans leur forme d’origine, ils ne sont pas transformés ou modifiés avant leur réemploi. L’exposition est composée d’arcs fabriqués à l’aide d’adobes, et également de moulures d’algues en plâtre. Ces adobes, elles, sont composées de déchets, notamment de terre de récupération de chantier et d’algues de récupération du littoral. On retrouve donc une analogie entre terre et mer.

La terre des adobes provient de deux zones différentes. La terre blanche est issue de Marseille et la terre plus orangée de Bretagne. Elles proviennent des chantiers de construction. En effet, c’est sur ces zones qu’il y la plus grande quantité de déchets à exploiter, notamment à Rennes.

Quant aux algues, elles proviennent du littoral. Régulièrement ramassées par les villes, surtout à l’approche de l’été, ces tonnes d’algues sont ensuite inexploitées. C’est à cause de ces marées vertes que cette artiste a voulu travailler avec ce matériau.

Photographies de l’exposition :

         Adobes, briques, moules, briquet, algues.

C’est la ville de Quiberon qui a accepté qu’Elvia Teotski récupère ces déchets. Durant le ramassage des déchets plastiques ont été retrouvés, comme par exemple un briquet, tuyaux de chantier, bâtons de bois flottés, lunette de soleil. Mais aussi des déchets naturels comme des moules, coquillages et huîtres. Elle a choisi d’intégrer tous ces éléments dans la construction comme matériaux de fabrication.

L’artiste revalorise ce que nous considérons comme des déchets pour leur donner une valeur plastique, mais également pour une question écologique afin de montrer une façon de réutiliser des déchets. 

Avant d’être déchet, ces matériaux sont avant tout un objet que nous utilisons pour leurs qualités et leurs caractéristiques. Ce qui fait d’eux des déchets c’est simplement le fait que l’homme n’en ai plus l’utilité. 

Nous pouvons comparer cette œuvre aux œuvres de Sue Webster et Tim Noble. Ils sont un couple d’artistes britannique et réalisent des « sculptures-ombres». Elles sont réalisées à base d’objets mis au rebut et de déchets en tous genres. Ces objets sont ensuite éclairés pour former des ombres-portraits sur les parois environnantes.

Ilona Janet et Pauline Balleroy

L’impact de la scénographie sur le comportement de l’usager

jeudi 23 décembre 2021

Comment la scénographie impact-elle le comportement et la gestuelle de l’usager dans une exposition ?

Tout d’abord, la médiation présentée lors de l’exposition d’Elvia Teotski  intitulé « Molusma » à la Criée permet aux usagers d’arborer une liberté de mouvement. Cette liberté donnée à l’usager permet de découvrir sans contrainte l’exposition et son message. En effet, dès l’arrivé du visiteur, il est invité à découvrir librement l’exposition. 

(suite…)

Les conséquences du vivant sur l’environnement « exposition »

jeudi 23 décembre 2021

 

          Le vivant. Elvia Teotski questionne cette notion sous ses différents aspects au sein d’une exposition intitulée « Molusma ». 

Du grec, « tâche », « souillure » le terme fut proposé dans les années 1960 par le biologiste marin Maurice Fontaine afin de désigner l’ère géologique actuelle, marquée par la production des déchets. Cependant, le terme fut délaissé en faveur de la notion d’anthropocène. Elvia Teotski cherche donc à rendre compte de l’impact qu’entraîne la production de déchets en faisant intervenir le vivant, principal acteur dans ce processus. Pour illustrer la notion de « vivant », Elvia Teotski introduit des vivant d’ordre végétal, animal mais aussi alimentaire. Tous ces vivant aux rythmes de vie divers, entraînent, de ce fait, des conséquences observables modifiant la perception de l’exposition dans le temps et l’espace. Les réalisations d’Elvia Teotski aux tons marrons et verts contrastent avec la pièce d’un blanc éclatant dans laquelle ils sont exposés.

 

          Plusieurs espèces, macroscopiques comme microscopiques, habitent l’exposition Molusma. A commencer par les criquets. Initialement au nombre de 400, ces derniers ont été récupérés dans des élevages leur étant réservés. Ils ont été choisis par Elvia Teotski, comme point d’accroche à la thématique qu’explore l’artiste : l’agriculture intensive. En ce sens, riches en protéine, ils représentent une alternative (notamment pour les cultures asiatiques) à ces méthodes de production irraisonnées. Les conditions de l’exposition ont alors été repensées en leur faveur : augmentation de la température, installation de voilage à l’entrée et apport régulier de nourriture (pommes et salades) en provenance du marché de la Criée. 

Aussi, les criquets peuvent se déplacer librement dans toute l’exposition. Les visiteurs les trouveront plus particulièrement sur les différentes voûtes construites par l’artiste. Celles-ci sont composées de terre, de Marseille ou de Bretagne, et d’algues. La terre abrite de nombreux micro-organismes, qui interagissent avec le milieu, tandis que les algues sont à elles-seules des organismes vivants. La cohabitation entre ces deux éléments n’est pas anodine. Elle illustre la trace humaine et conte l’histoire de l’agriculture intensive. Cette dernière prend racine dans la terre et s’immisce par infiltration dans les nappes phréatiques, puis dans la mer. On observe alors une prolifération d’algues vertes, sur les plages. 

          L’exposition Molusma, donc richement habitée, a depuis son ouverture fortement évolué. Parmi les 400 criquets à l’origine introduits dans cet écosystème, plus des 3⁄4 sont morts. Il est néanmoins possible de voir les plus résistants se déplacer et se nourrir. 

Pommes et salades sont quotidiennement grignotées, même si, fréquemment remplacées. Le papier azyme et les encres alimentaires de Sans fin font aussi le bonheur gustatif de ces insectes. En outre, les feuilles de cette production sont altérées par l’humidité. Ce climat constitue un élément clef de l’exposition et notamment de l’oeuvre expérimentale, Le reste des vagues, sur laquelle apparait au cours du temps de la moisissure. ll participe en sus à l’évolution des voûtes. Celles-ci s’effritent et se craquellent, également à force d’être escalader et traverser par les criquets. Chaque structure présente alors une trace du temps différente qui dépend aussi de sa terre d’origine (Marseille ou Bretagne). Une fine poudre au sol témoigne de ce phénomène.

 

          Vous l’aurez donc compris, si vous vous êtes rendu à cette exposition dès le 25 septembre, vous n’avez sûrement pas vu la même chose que quelqu’un qui y est allé trois semaines après. L’exposition d’Elvia Teotski est une exposition évolutive au fil des jours, on peut même la qualifier d’éphémère. Les êtres vivants y naissent, se développent, y meurent, nous pouvons voir leur cycle de vie, là, ici, à La Criée. De plus, les criquets ont un rôle important dans l’exposition, pour la plupart, ils permettent de trouver des réponses dans l’intuitif, l’erreur, le hasard ou encore l’insoupçonné face aux différents phénomènes qui sont générés pendant l’exposition en raison de différents facteurs (humidité, moisissure).

Plusieurs autres expositions ont eu lieu, avec l’envie de faire apparaître du vivant et mettre en lumière les innombrables cycles de la matière vivante. Parmi elles, nous pouvons citer: Times in collapse de Nicolas Lamas, 23.01.20 – 29.08.21, CCCOD Tours, La fabrique du vivant, 20.02.19 – 15.04.19, Centre Pompidou, Paris, Toiles d’araignées, Tomás Saraceno, 17.10.18 – 06.01.19, Palais de Tokyo, Paris. Pour les curieux, l’exposition Vivants parmi le vivant, est visible actuellement à la Cité des sciences et de l’industrie, Paris.

 

 

De Salomé Vanneste-Bendelé, Tuanga Eden Wankana et Solène Hémart

 

 

 

 

 

Exposer le vivant

jeudi 23 décembre 2021

Classe de DSAA1 et Carole Brulard, Molusma, Elvia Teotski, 2021

L’exposition Molusma du 25 septembre au 19 décembre 2021, imaginée par Elvia Teotski, interroge très rapidement sur l’exposition du vivant.
Plus d’une centaine de criquets vivant (400 environs) ont trouvé résidence dans l’enceinte de la Criée, pour cette exposition qui explore les possibilités des matériaux vivants, mais aussi dits « rebuts » dans notre quotidien. Déchets, moisissures et insectes cohabitent donc dans l’espace d’exposition sans aucune restriction d’évolution, de mouvement.
Cette utilisation du vivant n’est certes pas nouvelle, mais demande à chaque artiste, lieux d’exposition et visiteurs une attention particulière. Il convient alors de s’intéresser aux contraintes qui peuvent naître d’une telle collaboration humain/vivant et les intérêts qui peuvent ressortir de cette pratique.  

Criquet, Molusma, Evia Teotski, 2021

Après discussion avec Carole Brulard, il a été plus facile pour nous de comprendre les enjeux d’une telle installation. Il est tout d’abord important de noter que parce que le vivant est aussi synonyme de fragilité et d’éphémérité les quelques 400 criquets n’étaient plus qu’une dizaine lors de notre visite (novembre), ce qui a à la fois modifié notre comportement (déambulation moins hésitante, vigilance décrue), mais en disait aussi beaucoup sur le facteur “hasard” d’une exposition avec des éléments vivants. L’exposition est évolutive et de plusieurs manières, contrôlée à différents degrés.
Pour le cas des criquets, ce n’était pas intentionnel, le centre d’art a dû faire face à des éléments qu’ils ne pouvaient que partiellement contrôler, la chute de température, la taille de l’espace d’exposition, et évidemment l’intervention humaine. Même avec de nombreuses précautions prises (augmentation du chauffage, lente chauffantes, partenariat avec des producteurs locaux des Halles à côté pour l’alimentation, l’installation de rideaux pour délimiter leur espace) le caractère aléatoire de l’installation s’en est trouvé impacté.
Cependant d’autres aspects du vivant on eût été une belle surprise pour l’artiste, le public et le lieu d’exposition. Comme les pièces en alginates moulées sur des algues, qui ont pu montrer une évolution (moisissure) due à l’humidité du matériau moulé et les conditions d’exposition. Il est donc possible d’observer pour les personnes ayant vu ces pièces en début d’exposition et enfin une différence notoire. Ce caractère évolutif montre l’impossibilité qu’à l’homme à contrôler l’ensemble du vivant qui l’entoure et permet un « renouvellement » dans les installations présentées, sur une certaine temporalité.

Elvia Teoski n’est pas la seule artiste à avoir fait intervenir le vivant dans son exposition et certains artistes se sont plongés dans cette dimension parfois beaucoup plus frontalement. Exposer le vivant veut aussi dire intéractif, il y a un lien étroit entre le public et l’œuvre et/ou artiste. Et cette interaction entre êtres vivants est aussi synonyme de hasards, ressentis particuliers. Abraham Pointcheval adepte des performances dont il fait partie intégrante a dû faire face au public pour la première fois lors de son installation “Oeuf” au Palais de Tokyo (2017). L’objectif est de faire éclore des œufs de poule en les couvant à 37° durant toute la période de couvaison. C’est peu commun qu’un artiste soit confronté au public à la manière d’une oeuvre, intouchable, sans possibilité d’intéraction (parole) directe. L’artiste a exprimé son malaise quant au fait de se retrouver autant exposé (enfermé dans une boîte en plexiglass) “Avant, je faisais corps, j’étais à l’intérieur des choses. Là, c’est une véritable transformation, je suis à l’extérieur, je suis celui qui entoure.”. Mais quelle réaction du public quand on floute la frontière de l’exposition en exposant le vivant Humain ?


Un malaise, des questionnements, de l’incompréhension, de la compassion peuvent être relevées, mais aussi et surtout de la curiosité. C’est ce qui a pu être observé lors de l’exposition Carte blanche à Tino Sehgal au Palais de Tokyo en 2016. Imaginez vous trouver dans un espace d’exposition totalement vide, aucune œuvre accrochée au mur, aucune installation déployée, aucune signalétique, toutes les portes sont ouvertes. Seuls les visiteurs en grand nombre sont présents, sont-ils vraiment tous.tes des visiteurs ?
C’est l’interrogation tout le long de la visite passant de pièce en pièce, chacunes animées par des groupes de personnes qui ne portent aucun signe distinctif et pourtant ça émerveille parce qu’au fur et à mesure le public se rend compte qu’il fait partie intégrante de l’installation vivante. Cette liberté donnée au public a cependant été un challenge pour le personnel du Palais de Tokyo, des spectateurs perdus dans les salles techniques, difficulté pour identifier les personnes ayant payé (pas de ticket), gestion de la centaine de figurants guidant les installations humaines. Toutes ces problématiques sont propres aux expositions interactives et faisant intervenir le vivant. Pourtant ces nouvelles pratiques se font de plus en plus nombreuses, nous questionnant sur ce qui pousse les artistes et lieux d’expositions à explorer ces pistes.

Œuf, Abraham Pointcheval, 2017

Exposer le vivant. Exposer signifie disposer de manière à mettre en vue une matière qui vit ; dont les fonctions de la vie se manifestent de manière perceptible.
Molusma, exposition de la Criée, Abraham Pointcheval en poule humaine ou encore Tino Sehgal au Palais de Tokyo, nous ont montré la complexité de travailler avec le vivant et ses résultats. Mais finalement, pourquoi l’utiliser ? Quels intérêts et qu’est ce que ces performances apportent-elles vraiment ? À travers la déambulation dans l’exposition de la Criée, le spectateur a pu se confronter et se questionner sur son rapport au vivant dans l’art contemporain. Mais aussi une confrontation avec les problèmes environnementaux. Le spectateur est mis face à des matériaux vivants qui re-questionnent nos pratiques et nos habitudes face à la nature. On comprend alors que le vivant est utilisé ici pour réveiller les consciences et proposer des alternatives.  Il en est de même dans les performances de Michel Blazy. Artiste contemporain, Michel Blazy travaille avec l’organique et le spatiotemporel. Ses installations sont souvent vivantes : elles incluent, respectueusement, des formes de vie en train de persévérer dans leur être. Insectes, moisissures (fungi), végétaux… Michel Blazy explore les interstices du vivant, les formes évolutives (solitaires, grégaires) et les distributions des entités animées, dans le temps et l’espace (celui des lieux d’exposition). En ouvrant l’environnement contrôlé du musée à l’imprévisibilité des processus naturels, en créant ainsi une expérience multi-sensorielle et en constante évolution à mesure que ces matériaux périssables changent physiquement, les installations de Blazy encouragent le public à remettre en question les notions de répulsion et de dégoût et à repenser nos hypothèses sur la beauté esthétique. L’intérêt d’utiliser le vivant chez ses artistes relèvent donc de problématiques et enjeux sociétaux qui les animent et tentent de s’exprimer à travers ces œuvres.

Timeline, Michel Blazy, galerie des Ponchettes à Nice

Cependant, utiliser le vivant n’est pas uniquement utilisé pour provoquer le spectateur. Il est également envisagé pour l’artiste lui-même. Lors de ses performances en solitaire, Abraham Poincheval repousse ses limites physiques et mentales. Dans cette performance, Abraham Poincheval se confronte pour la première fois au monde vivant. À travers son intention étonnante de couver des œufs de poules jusqu’à leur éclosion, A. Poincheval y voit un moyen de défier le temps et les lois naturels.

Dispositifs évolutifs et installations éphémères leur permettent d’explorer la prolifération incontrôlée de micro-organismes dont les métamorphoses, transformations et changements d’état sont autant de moments nécessaires à l’activation des œuvres de ces artistes et à leur développement. Exposer le vivant est ainsi une expérience imprévisible qui ne dépend plus de l’artiste après sa conception, provoquant de nouvelles interrogations et de nouveaux intérêts supplémentaires. Utilisés de manière réfléchie et conceptuelle, ces dispositifs sont le fruit de plusieurs interrogations auxquels les artistes tentent d’apporter solutions ou analyses en provoquant, questionnant le spectateur ou eux-mêmes. Et vous, dans l’exposition Molusma, quelles contraintes et intérêts y avez-vous vécu ? 

Marie et Romane

Installation > Mutation > Sensations

jeudi 23 décembre 2021

 

Selon le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, le sens figuré du terme immersion renvoie au fait d’être plongé dans une ambiance particulière. C’est un concept que de nombreux artistes utilisent dans leurs œuvres et notamment sous la forme d’installations. Ces dernières leur permettent de plonger les spectateurs dans une atmosphère singulière faisant appel à tous leurs sens, leur procurant ainsi différentes émotions. C’est le cas notamment de l’exposition On Air de Thomas Saraceno au Palais de Tokyo où il expérimente autour de notre rapport au vivant. Il s’agit d’une excursion dans un environnement mêlant le naturel à l’espace aseptisé d’une salle d’exposition. Le spectateur est confronté à une installation en constante évolution puisqu’une multitude d’araignées tissent leurs toiles au sein même de l’espace d’exposition. Il pose ainsi la question suivante : Le caractère évolutif d’une installation immersive possède-t-il un impact sur le ressenti de l’usager ? C’est une problématique qu’aborde Elvia Teotski dans son œuvre Molusma en introduisant 400 criquets à La Criée. Les émotions des spectateurs sont multiples et évoluent au cours de leur visite. Comment Elvia Teotski place ce ressenti au service d’un message à véhiculer ?

 

Courtesy the artist; Andersen’s, Copenhagen; Esther Schipper, Berlin; Pinksummer Contemporary Art, Genoa; Ruth Benzacar, Buenos Aires; Tanya Bonakdar Gallery, New York. © Photography Andrea Rossetti, 2018.

 

L’exposition Molusma, du grec tâche, souillure, met en avant une forme de revalorisation des déchets en ré-employant des matériaux déclassés ou abandonnés. Elle nous accueille dans un environnement mêlant l’habité et l’expérimental. Un lieu où des mouvements presque perceptibles s’en détachent, amenant une déambulation qui se veut attentive, dans un environnement où cohabitent différentes composantes organiques en constante évolution. Cette dernière est dûe à la présence d’êtres vivants (criquets) qui occupent l’espace de l’installation et impactent directement les œuvres. Au fur et à mesure de l’exposition, une altération s’opère, témoignant de la présence de ces insectes sur les productions de l’artiste (traces de terre sur le sol, disparition voulue et progressive des œuvres parfois comestibles, etc.). 

 

 

De leur côté, les visiteurs de l’exposition se retrouvent directement confrontés à ces êtres vivants. Selon la période à laquelle ils se rendent à La Criée, leurs ressentis varient. En effet, cette installation évolutive témoigne du cycle de vie des criquets. Sa mutation est perceptible par la quantité d’insectes présents aux différents stades de l’exposition : au début de l’installation, il y en avait environ 400, à la fin, seulement une dizaine. Cela change complètement l’expérience des visiteurs vis à vis des œuvres. Dans un premier temps, nous pouvons observer un certain inconfort chez les spectateurs, dû au foisonnement de ces êtres vivants. Leur démarche et déambulation se voient adaptées : ils prennent leur temps, les observent et leur accordent une attention particulière afin de ne pas les écraser. Une certaine empathie s’en dégage, renforcée par le rapport d’échelle entre les humains et ces petits êtres vivants. Dans un second temps, dès lors que le nombre d’insectes diminue, le ressenti des spectateurs évolue. Ils cherchent dorénavant les criquets, là où, au départ, ces derniers venaient à eux. Les visiteurs ne ressentent plus vraiment la peur de s’immiscer dans un environnement qui ne leur est pas dédié. L’évolution des émotions provoquées par l’exposition pousse les spectateurs à questionner leur rapport à l’environnement naturel, en dehors du cadre de La Criée.

 

Cette prise de conscience pousse les spectateurs à questionner leur attitude globale face à la nature et leur place dans l’environnement. Les productions d’Elvia Teotski se composent de matériaux déclassés. Elles poussent les visiteurs à se questionner sur la façon dont on considère ces matières, perçues comme envahissantes et nuisibles. 

Cette installation questionne le rapport aux œuvres et la distance que l’on instaure habituellement avec celles-ci dans les lieux d’expositions (distance, préciosité, etc). Cependant, le fait de placer des êtres vivants dans ce contexte d’installation, élève le statut de la nature au grade d’œuvre d’art. Le spectateur peut transposer ce lien directement avec les êtres vivants dans un environnement naturel. En effet, lors d’une promenade en forêt, on ne pense pas aux insectes que l’on est susceptible d’écraser, alors que dans cette exposition, on y porte une attention plus particulière. En même temps de créer une distance, ces êtres vivants viennent chercher cette proximité avec le spectateur en re-questionnant cette posture habituelle auquelle l’exposition fait appel. Le spectateur se sent donc légitime de briser cette barrière et un certain équilibre se met en place entre les deux entités.

 

 

Ainsi, l’installation d’Elvia Teotski développe chez le visiteur des émotions différentes, selon sa personnalité, sa sensibilité envers l’environnement, ou encore la période à laquelle il se rend à l’exposition. La présence de criquets dans l’installation le confronte directement à une problématique environnementale qu’est l’impact de l’homme sur notre planète. Le spectateur peut ressentir un certain inconfort qui va accentuer et intensifier ses réflexions. Cette sensation de mal être face aux êtres vivants a notamment été développée par Hitchcock dans son film Les oiseaux. Une ambiance de terreur est instaurée par une multitude d’oiseaux venant attaquer un village américain. En sortant de la projection, le public est sous le choc, beaucoup ont, depuis, développé une peur inconditionnelle de ces volatiles. L’immersion dans le milieu naturel des êtres vivants peut ainsi provoquer chez le spectateur des sensations fortes, au service de messages à véhiculer, en particulier l’urgence écologique dans laquelle nous nous trouvons. 

 

Les Oiseaux (The Birds) est un thriller américain, réalisé par Alfred Hitchcock, sorti en 1963.

 

Camille Correia, Mathilde Galy et Léa Garait

Étude comparative de deux œuvres exploitant les déchets marins dans l’art contemporain.

mercredi 15 décembre 2021

Les déchets sont des objets en fin de vie ou une substance ayant subis une altération physique ou chimique, qui ne présentent plus d’utilité ou sont destinés à l’élimination. Les déchets peuvent être de source naturelle, constitués, pour l’essentiel, de matière organique naturelle pouvant être décomposées. Par exemple: des algues, feuilles…

 

1-  LES DÉCHETS TRANSFORMÉS EN NOUVEL USAGE

L’artiste Elvia Teotski utilise les déchets de façon peu visible par les spectateurs, elle vient les mêler à travers les matériaux qui composent les briques, c’est-à-dire la terre sur les chantiers et les algues délaissées par la mer.

Les arches sont fabriquées à base d’algues récupérées sur le littoral de Quiberon, de déchets plastiques qui étaient mélangés aux algues et de terres récupérés sur des chantiers de Bretagne et de Marseille, ce qui explique les variations de couleurs. Ces arches sont faites avec des panneaux de médium et une fois la structure sèche, elle évide certaine brique pour créer des « fenêtres ».

Photographies de l’exposition « Molusma » de l’artiste Elvia Teotski, installée à la Criée de Rennes.

 

2- DÉCHETS REVALORISÉS PLASTIQUEMENT

La sensibilisation à l’environnement est importante car elle a des effets positifs sur la santé environnementale, le développement durable et la réduction du réchauffement climatique.

La sculpture Baleine, est faite de déchets, elle sort de l’eau, et est située à l’extérieur dans une rue passante. Les déchets sont essentiellement en plastique: bidons, caisses plastiques classées par couleur, principalement du bleu et du blanc.

L’objectif premier de cette sculpture est de sensibiliser les passants à la pollution des eaux et océans en imitant une baleine (espèce sous marine menacée) faite totalement de plastique.

Les déchets utilisés pour cette sculpture proviennent essentiellement de déchets de l’océan Pacifique.

Skyscraper, la gigantesque baleine de Bruges faite de déchets, réalisé par StudioKCA.

 

3- COMPARAISON DES ŒUVRES

Les œuvres ont pour point commun de dénoncer les effets néfastes de l’activité humaine sur notre environnement, mais avec des procédés artistiques différents. Elvia Teotski utilise principalement des déchets organiques mélangés à quelques déchets provenant des humains, peu visibles. Le StudioKCA, utilise uniquement des déchets qui proviennent de l’activité humaine, et les laissent dans leur états physiques d’origine.

La valorisation des déchets dans l’art contemporain sont un moyen pour les artistes de faire passer un message et sensibiliser les spectateurs à des enjeux sociétaux, tel que la cause environnementale.

Édité par Chloé et Julia

Vous êtes tranquillité

mercredi 15 décembre 2021

Point de vue d’une des œuvres

Molusma est une exposition qui nécessite un temps certain d’observation pour une compréhension des détails de l’œuvre. Pour se faire, tout d’abord, elle appelle le lecteur à effectuer une série de gestes. Il faut s’accroupir, s’abaisser, regarder en dessous, au-dessus, prendre du recul et attendre. L’exposition demande à ce que vous enquêtiez de manière visuelle avec elle. De plus, la diversité des éléments de composition y sont présents. Molusma propose beaucoup de détails aux murs, au sol, avec différents supports, différentes couleurs. Le plus important : elle n’est pas figée dans le temps, c’est une œuvre qui évolue, qui change d’aspect et d’ambiance constamment. Que ce soit par la température, par l’impact de petits êtres vivants ou par le temps qui passe, Molusma se développe en son espace. Le temps nous fait supposer que l’œuvre à un total non contrôle sur son avenir visuel et structurel. Elle propose ces changements avec lenteur, et donc, on comprend une fois à l’intérieur qu’il faut être lent avec elle.

L’état d’immersion pour chaque lecteur de l’œuvre dépend du ressenti personnel de chacun et de votre compréhension des indices laissés par l’artiste. Vos sens seront essentiels à votre état immersif, il est important de laisser le temps à vos perceptions d’entrer au contact de l’œuvre afin de vous questionner et de découvrir toutes les facettes de chaque point de vue. “A force de regarder, on voit des choses nouvelles” Carole.

DS & LE